Iron Man 3: les angoisses d’un “homme aimant”
En se recentrant sur le personnage de Tony Starck et en délaissant en partie sa dimension supra-héroïque, le nouveau Iron Man recycle le drame shakespearien.
Une scène troublante vers la fin du film: Tony Starck contemple en face de lui le masque brisé de son armure. Tel un Hamlet qui s’interroge sur son devenir en regardant un crâne, le héros traverse une crise existentielle. Il doit faire face à l’angoisse, sentiment sans objet précis, peur du vide… Le trou laissé par les envahisseurs d’Avengers n’a donc pas été complètement résorbé, le monde héroïque risque de tomber lui aussi dans le néant, en témoigne ces armures creuses, sans âmes et qui tout au long du film explosent ou se désagrègent.
L’armure questionne aussi son créateur ingénieux, et finalement dépossédé. Là aussi le film est habile lorsqu’il donne à voir le lien affectif entre Starck et ses créations à la fois cocons et exuvies. Mais le costume ne se laisse plus facilement endossé et il expulse à plusieurs reprises son propriétaire, à la manière d’un refoulement freudien. L’identité entre le héros et la machine n’est plus : « je est un autre ».
Tout est donc question de dualité et de mise en scène. Les héros sont des armures vides et l’ennemi n’est aussi qu’un acteur, engagé pour jouer le rôle du méchant. C’est derrière ces masques désincarnés que se trouvent les véritables auteurs, ceux qui tirent les ficelles et écrivent leur destin à travers des choix tragiques. Les véritables héros n’ont pas besoin de l’armure pour embrasser le bien et se sacrifier; le véritable méchant n’a pas non plus à se déguiser, le mal irradie de sa personne.
Les scènes d’action sont donc secondaires, ce qui se joue, ce sont des drames intérieurs. Et si le film avait été plus courageux, le héros aurait dû, comme Hamlet, tout perdre pour enfin se retrouver. Mais il n’y laisse finalement qu’un artifice: un “cœur aimant”.
Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo, (Bréal, 2012)







