Kult-Uhr

Musique, Litterature, Super-heros, Photographie
Si on a pu voir parfois derrière la légèreté des films de super-héros un message éminemment philosophique, est-ce aussi le cas de la dernière production des studios Marvel ? Rien n’est moins sûr au premier abord, puisque l’univers des "Gardiens de la Galaxie" est bien éloigné du notre et sa fantaisie semble peu apte à susciter des réflexions profondes. Et pourtant, c’est bien dans sa dimension divertissante que semble s’affirmer en creux une véritable pensée existentielle.

Les “Gardiens de la Galaxie” prennent le contre-pied du réalisme qui s’est affirmé ces derniers temps en matière de films super-héroïques. Le "Dark Knight" de Nolan ou le "Superman" de Snyder insistaient parfois lourdement sur l’humanité du super-héros, faillible et en proie aux dilemmes les plus tragiques. À l’inverse, les héros du film de James Gunn sont irresponsables, blagueurs et totalement loufoques. Certains font même davantage partie du monde végétal (l’attachant Groot) ou du monde animal (l’énervant Rocket) mais tous sont plus ou moins d’origine extra-terrestre.
À l’inverse de Superman, qui malgré sa nature kryptonienne s’humanise progressivement, tout est prétexte ici à l’hybridation (la très charmante et très verte Gamora) et à l’explosion des genres. Cela ne contribue-t-il pas à interdire toute réflexion sur la condition humaine ?
On doit reconnaître l’extrême efficacité de ce cinéma ludique et bourré d’effets spéciaux. L’univers est chatoyant et bizarre, le voyage proposé nous en fait voir de toutes les couleurs. Mais à quoi bon ? Le spectateur est en droit de se demander si un film est autre chose qu’un tour de montagnes russes dans un parc d’attraction. Mais la force des “Gardiens de la Galaxie”, c’est d’arriver finalement à mettre le divertissement en abîme, et de provoquer le vertige du vide intersidéral.

Le divertissement est défini par le philosophe Pascal comme cette capacité bien humaine à faire diversion pour ne pas penser l’essentiel, le problématique, le douloureux. Les hommes s’étourdissent du rien, du vain, du plaisir, pour échapper à toute réflexion sur leur condition misérable.
Or le film met en image cela à la perfection, dès les premières minutes. Un enfant est dans la salle d’attente d’un hôpital, sa mère est en train de mourir. Il tente de fuir l’insupportable en écoutant son walkman. Quand on l’appelle au chevet de la mourante, il ne peut affronter la douleur et détourne son regard.
Le héros principal de l’histoire, Peter Quill, incarne donc à lui seul cette tentative d’échapper constamment à l’angoisse qui nous travaille : devenu adulte, c’est un aventurier mercenaire, à la recherche de sensations fortes et de conquêtes en tout genre. Tout est bon pour se divertir. Son pseudonyme “Starlord” le fait roi des étoiles, mais comme le dit bien Pascal : 
 ”Un roi sans divertissement est un homme plein de misères.”
Là où le film est malin, c’est quand il fait du divertissement la seule arme possible face à l’adversité. Au moment où le héros se retrouve devant la force brute du méchant, il ne lui reste plus qu’à danser pour faire vaciller son attention et provoquer la surprise. Cette scène surréaliste de danse réduit les autres scènes d’action à néant ; le rythme frénétique du film s’arrête un instant pour nous signifier la vanité de la puissance physique. La musique et l’humour pour désamorcer la haine…
Ce n’est donc qu’en creux et dans les vides que se dessine l’intérêt réel du film. La véritable quête de Peter Quill est une quête de sens : il s’agit de découvrir ses origines et se trouver un but valable à poursuivre. La fin du film y répond en partie puisque le héros trouve l’amour, apprend l’existence insoupçonnée d’un père bienveillant, et se découvre une âme de justicier intergalactique.

Les “Gardiens de la Galaxie” est donc un habile recyclage du thème supra-héroïque. Malgré une esthétique résolument geek (le walkman, l’influence de Star Wars et de Star Trek…) et pop (les couleurs, la musique des années 1970), on retrouve les fondamentaux du genre.
Il est bien question de double identité, de super pouvoirs et de justice, mais tout cela est habilement brassé de telle sorte à assurer le dépaysement souhaité.
Les protagonistes se demandent à la fin s’ils vont dorénavant faire le bien et le mal ; ils répondent qu’ils feront un peu des deux, mais on ne les croit pas une seconde. Le film est tellement bon enfant que cette contestation du manichéisme qui fait l’intérêt du personnage de Batman n’a ici aucune raison d’être.
Encore une fois, tout l’intérêt du film n’est pas dans le fait de susciter la réflexion critique du spectateur, mais dans le spectacle total, qui une fois le générique terminé nous fait poser la seule question valable : à quoi bon ?

Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo (Bréal, 2012)

Si on a pu voir parfois derrière la légèreté des films de super-héros un message éminemment philosophique, est-ce aussi le cas de la dernière production des studios Marvel ? Rien n’est moins sûr au premier abord, puisque l’univers des "Gardiens de la Galaxie" est bien éloigné du notre et sa fantaisie semble peu apte à susciter des réflexions profondes. Et pourtant, c’est bien dans sa dimension divertissante que semble s’affirmer en creux une véritable pensée existentielle.

Les “Gardiens de la Galaxie” prennent le contre-pied du réalisme qui s’est affirmé ces derniers temps en matière de films super-héroïques. Le "Dark Knight" de Nolan ou le "Superman" de Snyder insistaient parfois lourdement sur l’humanité du super-héros, faillible et en proie aux dilemmes les plus tragiques. À l’inverse, les héros du film de James Gunn sont irresponsables, blagueurs et totalement loufoques. Certains font même davantage partie du monde végétal (l’attachant Groot) ou du monde animal (l’énervant Rocket) mais tous sont plus ou moins d’origine extra-terrestre.

À l’inverse de Superman, qui malgré sa nature kryptonienne s’humanise progressivement, tout est prétexte ici à l’hybridation (la très charmante et très verte Gamora) et à l’explosion des genres. Cela ne contribue-t-il pas à interdire toute réflexion sur la condition humaine ?

On doit reconnaître l’extrême efficacité de ce cinéma ludique et bourré d’effets spéciaux. L’univers est chatoyant et bizarre, le voyage proposé nous en fait voir de toutes les couleurs. Mais à quoi bon ? Le spectateur est en droit de se demander si un film est autre chose qu’un tour de montagnes russes dans un parc d’attraction. Mais la force des “Gardiens de la Galaxie”, c’est d’arriver finalement à mettre le divertissement en abîme, et de provoquer le vertige du vide intersidéral.

Le divertissement est défini par le philosophe Pascal comme cette capacité bien humaine à faire diversion pour ne pas penser l’essentiel, le problématique, le douloureux. Les hommes s’étourdissent du rien, du vain, du plaisir, pour échapper à toute réflexion sur leur condition misérable.

Or le film met en image cela à la perfection, dès les premières minutes. Un enfant est dans la salle d’attente d’un hôpital, sa mère est en train de mourir. Il tente de fuir l’insupportable en écoutant son walkman. Quand on l’appelle au chevet de la mourante, il ne peut affronter la douleur et détourne son regard.

Le héros principal de l’histoire, Peter Quill, incarne donc à lui seul cette tentative d’échapper constamment à l’angoisse qui nous travaille : devenu adulte, c’est un aventurier mercenaire, à la recherche de sensations fortes et de conquêtes en tout genre. Tout est bon pour se divertir. Son pseudonyme “Starlord” le fait roi des étoiles, mais comme le dit bien Pascal : 

 ”Un roi sans divertissement est un homme plein de misères.”

Là où le film est malin, c’est quand il fait du divertissement la seule arme possible face à l’adversité. Au moment où le héros se retrouve devant la force brute du méchant, il ne lui reste plus qu’à danser pour faire vaciller son attention et provoquer la surprise. Cette scène surréaliste de danse réduit les autres scènes d’action à néant ; le rythme frénétique du film s’arrête un instant pour nous signifier la vanité de la puissance physique. La musique et l’humour pour désamorcer la haine…

Ce n’est donc qu’en creux et dans les vides que se dessine l’intérêt réel du film. La véritable quête de Peter Quill est une quête de sens : il s’agit de découvrir ses origines et se trouver un but valable à poursuivre. La fin du film y répond en partie puisque le héros trouve l’amour, apprend l’existence insoupçonnée d’un père bienveillant, et se découvre une âme de justicier intergalactique.

Les “Gardiens de la Galaxie” est donc un habile recyclage du thème supra-héroïque. Malgré une esthétique résolument geek (le walkman, l’influence de Star Wars et de Star Trek…) et pop (les couleurs, la musique des années 1970), on retrouve les fondamentaux du genre.

Il est bien question de double identité, de super pouvoirs et de justice, mais tout cela est habilement brassé de telle sorte à assurer le dépaysement souhaité.

Les protagonistes se demandent à la fin s’ils vont dorénavant faire le bien et le mal ; ils répondent qu’ils feront un peu des deux, mais on ne les croit pas une seconde. Le film est tellement bon enfant que cette contestation du manichéisme qui fait l’intérêt du personnage de Batman n’a ici aucune raison d’être.

Encore une fois, tout l’intérêt du film n’est pas dans le fait de susciter la réflexion critique du spectateur, mais dans le spectacle total, qui une fois le générique terminé nous fait poser la seule question valable : à quoi bon ?

Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo (Bréal, 2012)

Best Tracks Of 2013
1- Step (Vampire Weekend)
2- San Fransisco (Foxygen)
3- Fresh Strawberries (Franz Ferdinand)
4- Take me Higher (Cut Copy)
5- Hannah Hunt (Vampire Weekend)
6- Instant Crush (Daft Punk)
7- Glow And Behold (Yuck)
8- The Wire (Haim)
9- Electric Lady (Janelle Monae)
10- Joan Of Arc (Arcade Fire)
11- Prima Materia (The Virgins)
12- Reflektor (Arcade Fire)
13- Weird Shapes (Surfer Blood)
14- Contact (Daft Punk)
15- Bourgeois (Phoenix)

Best Tracks Of 2013


1- Step (Vampire Weekend)

2- San Fransisco (Foxygen)

3- Fresh Strawberries (Franz Ferdinand)

4- Take me Higher (Cut Copy)

5- Hannah Hunt (Vampire Weekend)

6- Instant Crush (Daft Punk)

7- Glow And Behold (Yuck)

8- The Wire (Haim)

9- Electric Lady (Janelle Monae)

10- Joan Of Arc (Arcade Fire)

11- Prima Materia (The Virgins)

12- Reflektor (Arcade Fire)

13- Weird Shapes (Surfer Blood)

14- Contact (Daft Punk)

15- Bourgeois (Phoenix)

Albums of the Year 2013


1- Vampire Weekend “Modern Vampires Of The City”
2- Daft Punk “Random Access Memories”
3- Arcade Fire “Reflektor”
4- Janelle Monaé “Electric Lady”
5- Cut Copy “Free your mind”
6- My Bloody Valentine “MBV”
7- Phoenix “Bankrupt!”
8- Cass Mccombs “Big Wheel and Others”
9- The Bankees “Heaven”
10- Jagwar Ma “Howlin”
11- Yuck “Glow and behold”
12- Unknown Mortal Orchestra “II”
13- Surfer Blood “Pythons”
14- Foxygen “We are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic”
15- Deerhunter “Monomania”

Albums of the Year 2013

1- Vampire Weekend “Modern Vampires Of The City”

2- Daft Punk “Random Access Memories”

3- Arcade Fire “Reflektor”

4- Janelle Monaé “Electric Lady”

5- Cut Copy “Free your mind”

6- My Bloody Valentine “MBV”

7- Phoenix “Bankrupt!”

8- Cass Mccombs “Big Wheel and Others”

9- The Bankees “Heaven”

10- Jagwar Ma “Howlin”

11- Yuck “Glow and behold”

12- Unknown Mortal Orchestra “II”

13- Surfer Blood “Pythons”

14- Foxygen “We are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic”

15- Deerhunter “Monomania”

Arcade Fire, ReflektorUne œuvre sur le thème du miroir, de la symétrie et du regard dédoublé (“We exist”, “Orphée” et “Eurydice”, “Supersymetry”) semblait justifier une musique aérienne, mathématique, spirituelle…Tout n’est pourtant ici que rythmes moites et danses païennes. Le regard est donc plutôt ce qui attise et reconnaît le désir de l’autre (“Flashbulb eyes”, “Porno”). Une mécanique des corps à la sensualité malsaine qui laisse parfois la place à de belles fulgurances mystiques (“Joan Of Ark”). La “Neon Bible” du second album a donc laissé place à une grande messe ou se mélangent visions hallucinées de l’après vie (“Afterlife”), spiritisme haïtien et orgies de sons. Le groupe qui n’était plus que le reflet de lui-même depuis “The Surburbs”, est passé de l’autre côté du miroir, pour faire danser les fantômes et ressusciter les morts. 

Arcade Fire, Reflektor

Une œuvre sur le thème du miroir, de la symétrie et du regard dédoublé (“We exist”, “Orphée” et “Eurydice”, “Supersymetry”) semblait justifier une musique aérienne, mathématique, spirituelle…Tout n’est pourtant ici que rythmes moites et danses païennes. Le regard est donc plutôt ce qui attise et reconnaît le désir de l’autre (“Flashbulb eyes”, “Porno”). Une mécanique des corps à la sensualité malsaine qui laisse parfois la place à de belles fulgurances mystiques (“Joan Of Ark”). La “Neon Bible” du second album a donc laissé place à une grande messe ou se mélangent visions hallucinées de l’après vie (“Afterlife”), spiritisme haïtien et orgies de sons. Le groupe qui n’était plus que le reflet de lui-même depuis “The Surburbs”, est passé de l’autre côté du miroir, pour faire danser les fantômes et ressusciter les morts. 

Cut Copy, Free your mindFree your mind, nouveau mantra des australiens de Cut Copy, évoque aussi bien les grands espaces (“Into the desert”) que les frontières élargies de la perception (“we are the explorers”). Cette conception simpliste de la liberté comme jouissance sans entraves sied plutôt bien aux ambitions de cet album: faire danser les sens jusqu’à l’extase. Une musique en trois dimensions, kaléidoscopique,  qui procure un plaisir physique mais aussi un contentement plus subtil, dans son art du détail sonore. Plus aventureux et moins rigide que le précédent “Zonoscope”, Free your mind est l’ultime trip auditif de 2013.

Cut Copy, Free your mind

Free your mind, nouveau mantra des australiens de Cut Copy, évoque aussi bien les grands espaces (“Into the desert”) que les frontières élargies de la perception (“we are the explorers”). Cette conception simpliste de la liberté comme jouissance sans entraves sied plutôt bien aux ambitions de cet album: faire danser les sens jusqu’à l’extase. Une musique en trois dimensions, kaléidoscopique,  qui procure un plaisir physique mais aussi un contentement plus subtil, dans son art du détail sonore. Plus aventureux et moins rigide que le précédent “Zonoscope”, Free your mind est l’ultime trip auditif de 2013.

Janelle Monaé, The Electric Lady
Les robots n’ont pas de sentiments, à la différence peut être des androïdes. Ceux de Blade Runner qui ont inspiré Janelle Monaé dans la construction de son alter ego Cindy Mayweather, rêvent et se posent des questions existentielles. Quelle musique peuvent-ils donc créer? La réponse avec cet album, si proche de la perfection qu’il frôle l’artificialité. Une œuvre nécessairement hybride, et dans tous les sens du terme. Janelle/Cindy synthétise un demi siècle de musique métisse: jazz, funk, pop, soul, r&b… avec une facilité et une précision mathématiques. Les inflexions sensuelles de  la voix et l’ambiguïté amoureuse du discours sauvent in extremis cette œuvre de l’inhumanité.

Janelle Monaé, The Electric Lady

Les robots n’ont pas de sentiments, à la différence peut être des androïdes. Ceux de Blade Runner qui ont inspiré Janelle Monaé dans la construction de son alter ego Cindy Mayweather, rêvent et se posent des questions existentielles. Quelle musique peuvent-ils donc créer? La réponse avec cet album, si proche de la perfection qu’il frôle l’artificialité. Une œuvre nécessairement hybride, et dans tous les sens du terme. Janelle/Cindy synthétise un demi siècle de musique métisse: jazz, funk, pop, soul, r&b… avec une facilité et une précision mathématiques. Les inflexions sensuelles de  la voix et l’ambiguïté amoureuse du discours sauvent in extremis cette œuvre de l’inhumanité.

Cut Copy, Free your mind

Les acteurs disent des mensonges auxquels on a parfois envie de croire. Mud est une oeuvre qui prend les mots au sérieux, qu’ils soient vecteurs de métaphores ou de vérités univoques. Le personnage qui donne son nom au film vit donc sur une île, entre l’eau, la terre et l’air. Sans parents, il est le fils façonné à partir de la boue élémentaire. De sa bouche sortent des paroles qui charment, mais son verbe est-il vérité? Deux jeunes garçons lui font confiance et forment à eux seuls une petite communauté de croyants. Mais leur fidélité est mise à l’épreuve dans le monde des adultes où chacun a ses démons, ses tentations, ses serpents; les femmes sont séduites et volages, les pères sont sans volonté ou absents. Même l’enfant innocent ne pourra résister aux puissances corruptives. 
La jeunesse idéalise, elle élève la parole donnée_ le mariage, les mots d’amour, les promesses_au rang de sacrements. Le jeune Elis offre des perles à son amoureuses parce qu’elle s’appelle May Pearl et que les mots ne sauraient mentir. Mais il finira lui aussi par se renier, voué à son tour à la morsure des serpents.
 Le cinéma embrasse ici sa dimension poétique au sens premier: il reconstruit un monde à partir d’éléments mythiques, de symboles et de forces antagonistes. Dans la tension tragique entre nature et ville, amour et vengeance, mensonge et vérité, se joue une question dramatique: peut-on encore pardonner aux hommes? Le film apporte une réponse positive, en faisant ressusciter ses héros et en leur redonnant un espoir.

Les acteurs disent des mensonges auxquels on a parfois envie de croire. Mud est une oeuvre qui prend les mots au sérieux, qu’ils soient vecteurs de métaphores ou de vérités univoques. Le personnage qui donne son nom au film vit donc sur une île, entre l’eau, la terre et l’air. Sans parents, il est le fils façonné à partir de la boue élémentaire. De sa bouche sortent des paroles qui charment, mais son verbe est-il vérité? Deux jeunes garçons lui font confiance et forment à eux seuls une petite communauté de croyants. Mais leur fidélité est mise à l’épreuve dans le monde des adultes où chacun a ses démons, ses tentations, ses serpents; les femmes sont séduites et volages, les pères sont sans volonté ou absents. Même l’enfant innocent ne pourra résister aux puissances corruptives.

La jeunesse idéalise, elle élève la parole donnée_ le mariage, les mots d’amour, les promesses_au rang de sacrements. Le jeune Elis offre des perles à son amoureuses parce qu’elle s’appelle May Pearl et que les mots ne sauraient mentir. Mais il finira lui aussi par se renier, voué à son tour à la morsure des serpents.

Le cinéma embrasse ici sa dimension poétique au sens premier: il reconstruit un monde à partir d’éléments mythiques, de symboles et de forces antagonistes. Dans la tension tragique entre nature et ville, amour et vengeance, mensonge et vérité, se joue une question dramatique: peut-on encore pardonner aux hommes? Le film apporte une réponse positive, en faisant ressusciter ses héros et en leur redonnant un espoir.

The Bankees, Aigues-Vives, 2013

The Bankees, Aigues-Vives, 2013

Vampire Weekend, Modern Vampires Of The City
Une jolie bande de vampires se nourrissant de sons pour donner la vie à douze hymnes modernes, recyclages audacieux et urbains des traditions sans âges. Du chants et des flûtes celtiques (Unbelievers, Worship you), un clavecin baroque (Step), du rockabilly épileptique (Diane Young) et une marche funèbre (Hudson). On ne mord plus au bal des vampires, on susurre à l’oreille les plus beaux airs qui soient. 

Vampire Weekend, Modern Vampires Of The City

Une jolie bande de vampires se nourrissant de sons pour donner la vie à douze hymnes modernes, recyclages audacieux et urbains des traditions sans âges. Du chants et des flûtes celtiques (Unbelievers, Worship you), un clavecin baroque (Step), du rockabilly épileptique (Diane Young) et une marche funèbre (Hudson). On ne mord plus au bal des vampires, on susurre à l’oreille les plus beaux airs qui soient. 

Daft Punk, Random Access Memories
Œuvre à la fois totale et mineure, design et kitsch, futuriste et rétro, robotique et sentimentale : si cet album a un mérite, c’est de réconcilier de tels paradoxes, d’en faire une raison d’être.  La limite de Daft Punk, c’est cette incapacité à écrire de grandes chansons. A part quelques exceptions heureuses (Instant Crush, Fragment Of Time, Touch…), le principe de la répétition sur une même suite d’accord (la puissance démocratique de ce Get Lucky et sa structure simpliste Bm/D/Fa#m/E, repris ad infinitum sur le net) peut sembler fatigante et peu stimulante. Mais comment ne pas reconnaître l’habilité ingénieuse à faire revêtir à ces fragiles et ingénus squelettes, l’habit de lumière ? Les daft punk sont des designers de la forme, aussi bien dans leurs costumes que dans leur manière de façonner leurs sons et de toucher le cœur d’une époque nostalgique. Ou comment tirer de la faible teneur artistique de ces chansons, une quintessence touchante, grâce au pouvoir de la technologie.  

Daft Punk, Random Access Memories

Œuvre à la fois totale et mineure, design et kitsch, futuriste et rétro, robotique et sentimentale : si cet album a un mérite, c’est de réconcilier de tels paradoxes, d’en faire une raison d’être.  La limite de Daft Punk, c’est cette incapacité à écrire de grandes chansons. A part quelques exceptions heureuses (Instant Crush, Fragment Of Time, Touch…), le principe de la répétition sur une même suite d’accord (la puissance démocratique de ce Get Lucky et sa structure simpliste Bm/D/Fa#m/E, repris ad infinitum sur le net) peut sembler fatigante et peu stimulante. Mais comment ne pas reconnaître l’habilité ingénieuse à faire revêtir à ces fragiles et ingénus squelettes, l’habit de lumière ? Les daft punk sont des designers de la forme, aussi bien dans leurs costumes que dans leur manière de façonner leurs sons et de toucher le cœur d’une époque nostalgique. Ou comment tirer de la faible teneur artistique de ces chansons, une quintessence touchante, grâce au pouvoir de la technologie.  

Vampire Weekend, Step

Iron Man 3: les angoisses d’un “homme aimant”
En se recentrant sur le personnage de Tony Starck et en délaissant en partie sa dimension supra-héroïque, le nouveau Iron Man recycle le drame shakespearien.
Une scène troublante vers la fin du film: Tony Starck contemple en face de lui le masque brisé de son armure. Tel un Hamlet qui s’interroge sur son devenir en regardant un crâne, le héros traverse une crise existentielle. Il doit faire face à l’angoisse, sentiment sans objet précis, peur du vide… Le trou laissé par les envahisseurs  d’Avengers n’a donc pas été complètement résorbé, le monde héroïque risque de tomber lui aussi dans le néant, en témoigne ces armures creuses, sans âmes et qui tout au long du film explosent ou se désagrègent. 
 L’armure questionne aussi son créateur ingénieux,  et finalement dépossédé. Là aussi le film est habile lorsqu’il donne à voir le lien affectif entre Starck et ses créations à la fois cocons et exuvies. Mais le costume ne se laisse plus facilement endossé et il expulse à plusieurs reprises son propriétaire, à la manière d’un refoulement freudien. L’identité entre le héros et la machine n’est plus : « je est un autre ».
Tout est donc question de dualité et de mise en scène. Les héros sont des armures vides et l’ennemi n’est aussi qu’un acteur, engagé pour jouer le rôle du méchant. C’est derrière ces masques désincarnés que se trouvent les véritables auteurs, ceux qui tirent les ficelles et écrivent leur destin à travers des choix tragiques. Les véritables héros n’ont pas besoin de l’armure pour embrasser le bien et se sacrifier; le véritable méchant n’a pas non plus à se déguiser, le mal irradie de sa personne.
Les scènes d’action sont donc secondaires, ce qui se joue, ce sont des drames intérieurs. Et si le film avait été plus courageux, le héros aurait dû, comme Hamlet, tout perdre pour enfin se retrouver. Mais il n’y laisse finalement qu’un artifice: un “cœur aimant”.
 
Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo, (Bréal, 2012)

Iron Man 3: les angoisses d’un “homme aimant”


En se recentrant sur le personnage de Tony Starck et en délaissant en partie sa dimension supra-héroïque, le nouveau Iron Man recycle le drame shakespearien.


Une scène troublante vers la fin du film: Tony Starck contemple en face de lui le masque brisé de son armure. Tel un Hamlet qui s’interroge sur son devenir en regardant un crâne, le héros traverse une crise existentielle. Il doit faire face à l’angoisse, sentiment sans objet précis, peur du vide… Le trou laissé par les envahisseurs  d’Avengers n’a donc pas été complètement résorbé, le monde héroïque risque de tomber lui aussi dans le néant, en témoigne ces armures creuses, sans âmes et qui tout au long du film explosent ou se désagrègent. 

 L’armure questionne aussi son créateur ingénieux,  et finalement dépossédé. Là aussi le film est habile lorsqu’il donne à voir le lien affectif entre Starck et ses créations à la fois cocons et exuvies. Mais le costume ne se laisse plus facilement endossé et il expulse à plusieurs reprises son propriétaire, à la manière d’un refoulement freudien. L’identité entre le héros et la machine n’est plus : « je est un autre ».

Tout est donc question de dualité et de mise en scène. Les héros sont des armures vides et l’ennemi n’est aussi qu’un acteur, engagé pour jouer le rôle du méchant. C’est derrière ces masques désincarnés que se trouvent les véritables auteurs, ceux qui tirent les ficelles et écrivent leur destin à travers des choix tragiques. Les véritables héros n’ont pas besoin de l’armure pour embrasser le bien et se sacrifier; le véritable méchant n’a pas non plus à se déguiser, le mal irradie de sa personne.

Les scènes d’action sont donc secondaires, ce qui se joue, ce sont des drames intérieurs. Et si le film avait été plus courageux, le héros aurait dû, comme Hamlet, tout perdre pour enfin se retrouver. Mais il n’y laisse finalement qu’un artifice: un “cœur aimant”.

 

Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo, (Bréal, 2012)