Kult-Uhr

Musique, Litterature, Super-heros, Photographie
Best Tracks Of 2013
1- Step (Vampire Weekend)
2- San Fransisco (Foxygen)
3- Fresh Strawberries (Franz Ferdinand)
4- Take me Higher (Cut Copy)
5- Hannah Hunt (Vampire Weekend)
6- Instant Crush (Daft Punk)
7- Glow And Behold (Yuck)
8- The Wire (Haim)
9- Electric Lady (Janelle Monae)
10- Joan Of Arc (Arcade Fire)
11- Prima Materia (The Virgins)
12- Reflektor (Arcade Fire)
13- Weird Shapes (Surfer Blood)
14- Contact (Daft Punk)
15- Bourgeois (Phoenix)

Best Tracks Of 2013


1- Step (Vampire Weekend)

2- San Fransisco (Foxygen)

3- Fresh Strawberries (Franz Ferdinand)

4- Take me Higher (Cut Copy)

5- Hannah Hunt (Vampire Weekend)

6- Instant Crush (Daft Punk)

7- Glow And Behold (Yuck)

8- The Wire (Haim)

9- Electric Lady (Janelle Monae)

10- Joan Of Arc (Arcade Fire)

11- Prima Materia (The Virgins)

12- Reflektor (Arcade Fire)

13- Weird Shapes (Surfer Blood)

14- Contact (Daft Punk)

15- Bourgeois (Phoenix)

Albums of the Year 2013


1- Vampire Weekend “Modern Vampires Of The City”
2- Daft Punk “Random Access Memories”
3- Arcade Fire “Reflektor”
4- Janelle Monaé “Electric Lady”
5- Cut Copy “Free your mind”
6- My Bloody Valentine “MBV”
7- Phoenix “Bankrupt!”
8- Cass Mccombs “Big Wheel and Others”
9- The Bankees “Heaven”
10- Jagwar Ma “Howlin”
11- Yuck “Glow and behold”
12- Unknown Mortal Orchestra “II”
13- Surfer Blood “Pythons”
14- Foxygen “We are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic”
15- Deerhunter “Monomania”

Albums of the Year 2013

1- Vampire Weekend “Modern Vampires Of The City”

2- Daft Punk “Random Access Memories”

3- Arcade Fire “Reflektor”

4- Janelle Monaé “Electric Lady”

5- Cut Copy “Free your mind”

6- My Bloody Valentine “MBV”

7- Phoenix “Bankrupt!”

8- Cass Mccombs “Big Wheel and Others”

9- The Bankees “Heaven”

10- Jagwar Ma “Howlin”

11- Yuck “Glow and behold”

12- Unknown Mortal Orchestra “II”

13- Surfer Blood “Pythons”

14- Foxygen “We are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic”

15- Deerhunter “Monomania”

Arcade Fire, ReflektorUne œuvre sur le thème du miroir, de la symétrie et du regard dédoublé (“We exist”, “Orphée” et “Eurydice”, “Supersymetry”) semblait justifier une musique aérienne, mathématique, spirituelle…Tout n’est pourtant ici que rythmes moites et danses païennes. Le regard est donc plutôt ce qui attise et reconnaît le désir de l’autre (“Flashbulb eyes”, “Porno”). Une mécanique des corps à la sensualité malsaine qui laisse parfois la place à de belles fulgurances mystiques (“Joan Of Ark”). La “Neon Bible” du second album a donc laissé place à une grande messe ou se mélangent visions hallucinées de l’après vie (“Afterlife”), spiritisme haïtien et orgies de sons. Le groupe qui n’était plus que le reflet de lui-même depuis “The Surburbs”, est passé de l’autre côté du miroir, pour faire danser les fantômes et ressusciter les morts. 

Arcade Fire, Reflektor

Une œuvre sur le thème du miroir, de la symétrie et du regard dédoublé (“We exist”, “Orphée” et “Eurydice”, “Supersymetry”) semblait justifier une musique aérienne, mathématique, spirituelle…Tout n’est pourtant ici que rythmes moites et danses païennes. Le regard est donc plutôt ce qui attise et reconnaît le désir de l’autre (“Flashbulb eyes”, “Porno”). Une mécanique des corps à la sensualité malsaine qui laisse parfois la place à de belles fulgurances mystiques (“Joan Of Ark”). La “Neon Bible” du second album a donc laissé place à une grande messe ou se mélangent visions hallucinées de l’après vie (“Afterlife”), spiritisme haïtien et orgies de sons. Le groupe qui n’était plus que le reflet de lui-même depuis “The Surburbs”, est passé de l’autre côté du miroir, pour faire danser les fantômes et ressusciter les morts. 

Cut Copy, Free your mindFree your mind, nouveau mantra des australiens de Cut Copy, évoque aussi bien les grands espaces (“Into the desert”) que les frontières élargies de la perception (“we are the explorers”). Cette conception simpliste de la liberté comme jouissance sans entraves sied plutôt bien aux ambitions de cet album: faire danser les sens jusqu’à l’extase. Une musique en trois dimensions, kaléidoscopique,  qui procure un plaisir physique mais aussi un contentement plus subtil, dans son art du détail sonore. Plus aventureux et moins rigide que le précédent “Zonoscope”, Free your mind est l’ultime trip auditif de 2013.

Cut Copy, Free your mind

Free your mind, nouveau mantra des australiens de Cut Copy, évoque aussi bien les grands espaces (“Into the desert”) que les frontières élargies de la perception (“we are the explorers”). Cette conception simpliste de la liberté comme jouissance sans entraves sied plutôt bien aux ambitions de cet album: faire danser les sens jusqu’à l’extase. Une musique en trois dimensions, kaléidoscopique,  qui procure un plaisir physique mais aussi un contentement plus subtil, dans son art du détail sonore. Plus aventureux et moins rigide que le précédent “Zonoscope”, Free your mind est l’ultime trip auditif de 2013.

Janelle Monaé, The Electric Lady
Les robots n’ont pas de sentiments, à la différence peut être des androïdes. Ceux de Blade Runner qui ont inspiré Janelle Monaé dans la construction de son alter ego Cindy Mayweather, rêvent et se posent des questions existentielles. Quelle musique peuvent-ils donc créer? La réponse avec cet album, si proche de la perfection qu’il frôle l’artificialité. Une œuvre nécessairement hybride, et dans tous les sens du terme. Janelle/Cindy synthétise un demi siècle de musique métisse: jazz, funk, pop, soul, r&b… avec une facilité et une précision mathématiques. Les inflexions sensuelles de  la voix et l’ambiguïté amoureuse du discours sauvent in extremis cette œuvre de l’inhumanité.

Janelle Monaé, The Electric Lady

Les robots n’ont pas de sentiments, à la différence peut être des androïdes. Ceux de Blade Runner qui ont inspiré Janelle Monaé dans la construction de son alter ego Cindy Mayweather, rêvent et se posent des questions existentielles. Quelle musique peuvent-ils donc créer? La réponse avec cet album, si proche de la perfection qu’il frôle l’artificialité. Une œuvre nécessairement hybride, et dans tous les sens du terme. Janelle/Cindy synthétise un demi siècle de musique métisse: jazz, funk, pop, soul, r&b… avec une facilité et une précision mathématiques. Les inflexions sensuelles de  la voix et l’ambiguïté amoureuse du discours sauvent in extremis cette œuvre de l’inhumanité.

Cut Copy, Free your mind

Les acteurs disent des mensonges auxquels on a parfois envie de croire. Mud est une oeuvre qui prend les mots au sérieux, qu’ils soient vecteurs de métaphores ou de vérités univoques. Le personnage qui donne son nom au film vit donc sur une île, entre l’eau, la terre et l’air. Sans parents, il est le fils façonné à partir de la boue élémentaire. De sa bouche sortent des paroles qui charment, mais son verbe est-il vérité? Deux jeunes garçons lui font confiance et forment à eux seuls une petite communauté de croyants. Mais leur fidélité est mise à l’épreuve dans le monde des adultes où chacun a ses démons, ses tentations, ses serpents; les femmes sont séduites et volages, les pères sont sans volonté ou absents. Même l’enfant innocent ne pourra résister aux puissances corruptives. 
La jeunesse idéalise, elle élève la parole donnée_ le mariage, les mots d’amour, les promesses_au rang de sacrements. Le jeune Elis offre des perles à son amoureuses parce qu’elle s’appelle May Pearl et que les mots ne sauraient mentir. Mais il finira lui aussi par se renier, voué à son tour à la morsure des serpents.
 Le cinéma embrasse ici sa dimension poétique au sens premier: il reconstruit un monde à partir d’éléments mythiques, de symboles et de forces antagonistes. Dans la tension tragique entre nature et ville, amour et vengeance, mensonge et vérité, se joue une question dramatique: peut-on encore pardonner aux hommes? Le film apporte une réponse positive, en faisant ressusciter ses héros et en leur redonnant un espoir.

Les acteurs disent des mensonges auxquels on a parfois envie de croire. Mud est une oeuvre qui prend les mots au sérieux, qu’ils soient vecteurs de métaphores ou de vérités univoques. Le personnage qui donne son nom au film vit donc sur une île, entre l’eau, la terre et l’air. Sans parents, il est le fils façonné à partir de la boue élémentaire. De sa bouche sortent des paroles qui charment, mais son verbe est-il vérité? Deux jeunes garçons lui font confiance et forment à eux seuls une petite communauté de croyants. Mais leur fidélité est mise à l’épreuve dans le monde des adultes où chacun a ses démons, ses tentations, ses serpents; les femmes sont séduites et volages, les pères sont sans volonté ou absents. Même l’enfant innocent ne pourra résister aux puissances corruptives.

La jeunesse idéalise, elle élève la parole donnée_ le mariage, les mots d’amour, les promesses_au rang de sacrements. Le jeune Elis offre des perles à son amoureuses parce qu’elle s’appelle May Pearl et que les mots ne sauraient mentir. Mais il finira lui aussi par se renier, voué à son tour à la morsure des serpents.

Le cinéma embrasse ici sa dimension poétique au sens premier: il reconstruit un monde à partir d’éléments mythiques, de symboles et de forces antagonistes. Dans la tension tragique entre nature et ville, amour et vengeance, mensonge et vérité, se joue une question dramatique: peut-on encore pardonner aux hommes? Le film apporte une réponse positive, en faisant ressusciter ses héros et en leur redonnant un espoir.

The Bankees, Aigues-Vives, 2013

The Bankees, Aigues-Vives, 2013

Vampire Weekend, Modern Vampires Of The City
Une jolie bande de vampires se nourrissant de sons pour donner la vie à douze hymnes modernes, recyclages audacieux et urbains des traditions sans âges. Du chants et des flûtes celtiques (Unbelievers, Worship you), un clavecin baroque (Step), du rockabilly épileptique (Diane Young) et une marche funèbre (Hudson). On ne mord plus au bal des vampires, on susurre à l’oreille les plus beaux airs qui soient. 

Vampire Weekend, Modern Vampires Of The City

Une jolie bande de vampires se nourrissant de sons pour donner la vie à douze hymnes modernes, recyclages audacieux et urbains des traditions sans âges. Du chants et des flûtes celtiques (Unbelievers, Worship you), un clavecin baroque (Step), du rockabilly épileptique (Diane Young) et une marche funèbre (Hudson). On ne mord plus au bal des vampires, on susurre à l’oreille les plus beaux airs qui soient. 

Daft Punk, Random Access Memories
Œuvre à la fois totale et mineure, design et kitsch, futuriste et rétro, robotique et sentimentale : si cet album a un mérite, c’est de réconcilier de tels paradoxes, d’en faire une raison d’être.  La limite de Daft Punk, c’est cette incapacité à écrire de grandes chansons. A part quelques exceptions heureuses (Instant Crush, Fragment Of Time, Touch…), le principe de la répétition sur une même suite d’accord (la puissance démocratique de ce Get Lucky et sa structure simpliste Bm/D/Fa#m/E, repris ad infinitum sur le net) peut sembler fatigante et peu stimulante. Mais comment ne pas reconnaître l’habilité ingénieuse à faire revêtir à ces fragiles et ingénus squelettes, l’habit de lumière ? Les daft punk sont des designers de la forme, aussi bien dans leurs costumes que dans leur manière de façonner leurs sons et de toucher le cœur d’une époque nostalgique. Ou comment tirer de la faible teneur artistique de ces chansons, une quintessence touchante, grâce au pouvoir de la technologie.  

Daft Punk, Random Access Memories

Œuvre à la fois totale et mineure, design et kitsch, futuriste et rétro, robotique et sentimentale : si cet album a un mérite, c’est de réconcilier de tels paradoxes, d’en faire une raison d’être.  La limite de Daft Punk, c’est cette incapacité à écrire de grandes chansons. A part quelques exceptions heureuses (Instant Crush, Fragment Of Time, Touch…), le principe de la répétition sur une même suite d’accord (la puissance démocratique de ce Get Lucky et sa structure simpliste Bm/D/Fa#m/E, repris ad infinitum sur le net) peut sembler fatigante et peu stimulante. Mais comment ne pas reconnaître l’habilité ingénieuse à faire revêtir à ces fragiles et ingénus squelettes, l’habit de lumière ? Les daft punk sont des designers de la forme, aussi bien dans leurs costumes que dans leur manière de façonner leurs sons et de toucher le cœur d’une époque nostalgique. Ou comment tirer de la faible teneur artistique de ces chansons, une quintessence touchante, grâce au pouvoir de la technologie.  

Vampire Weekend, Step

Iron Man 3: les angoisses d’un “homme aimant”
En se recentrant sur le personnage de Tony Starck et en délaissant en partie sa dimension supra-héroïque, le nouveau Iron Man recycle le drame shakespearien.
Une scène troublante vers la fin du film: Tony Starck contemple en face de lui le masque brisé de son armure. Tel un Hamlet qui s’interroge sur son devenir en regardant un crâne, le héros traverse une crise existentielle. Il doit faire face à l’angoisse, sentiment sans objet précis, peur du vide… Le trou laissé par les envahisseurs  d’Avengers n’a donc pas été complètement résorbé, le monde héroïque risque de tomber lui aussi dans le néant, en témoigne ces armures creuses, sans âmes et qui tout au long du film explosent ou se désagrègent. 
 L’armure questionne aussi son créateur ingénieux,  et finalement dépossédé. Là aussi le film est habile lorsqu’il donne à voir le lien affectif entre Starck et ses créations à la fois cocons et exuvies. Mais le costume ne se laisse plus facilement endossé et il expulse à plusieurs reprises son propriétaire, à la manière d’un refoulement freudien. L’identité entre le héros et la machine n’est plus : « je est un autre ».
Tout est donc question de dualité et de mise en scène. Les héros sont des armures vides et l’ennemi n’est aussi qu’un acteur, engagé pour jouer le rôle du méchant. C’est derrière ces masques désincarnés que se trouvent les véritables auteurs, ceux qui tirent les ficelles et écrivent leur destin à travers des choix tragiques. Les véritables héros n’ont pas besoin de l’armure pour embrasser le bien et se sacrifier; le véritable méchant n’a pas non plus à se déguiser, le mal irradie de sa personne.
Les scènes d’action sont donc secondaires, ce qui se joue, ce sont des drames intérieurs. Et si le film avait été plus courageux, le héros aurait dû, comme Hamlet, tout perdre pour enfin se retrouver. Mais il n’y laisse finalement qu’un artifice: un “cœur aimant”.
 
Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo, (Bréal, 2012)

Iron Man 3: les angoisses d’un “homme aimant”


En se recentrant sur le personnage de Tony Starck et en délaissant en partie sa dimension supra-héroïque, le nouveau Iron Man recycle le drame shakespearien.


Une scène troublante vers la fin du film: Tony Starck contemple en face de lui le masque brisé de son armure. Tel un Hamlet qui s’interroge sur son devenir en regardant un crâne, le héros traverse une crise existentielle. Il doit faire face à l’angoisse, sentiment sans objet précis, peur du vide… Le trou laissé par les envahisseurs  d’Avengers n’a donc pas été complètement résorbé, le monde héroïque risque de tomber lui aussi dans le néant, en témoigne ces armures creuses, sans âmes et qui tout au long du film explosent ou se désagrègent. 

 L’armure questionne aussi son créateur ingénieux,  et finalement dépossédé. Là aussi le film est habile lorsqu’il donne à voir le lien affectif entre Starck et ses créations à la fois cocons et exuvies. Mais le costume ne se laisse plus facilement endossé et il expulse à plusieurs reprises son propriétaire, à la manière d’un refoulement freudien. L’identité entre le héros et la machine n’est plus : « je est un autre ».

Tout est donc question de dualité et de mise en scène. Les héros sont des armures vides et l’ennemi n’est aussi qu’un acteur, engagé pour jouer le rôle du méchant. C’est derrière ces masques désincarnés que se trouvent les véritables auteurs, ceux qui tirent les ficelles et écrivent leur destin à travers des choix tragiques. Les véritables héros n’ont pas besoin de l’armure pour embrasser le bien et se sacrifier; le véritable méchant n’a pas non plus à se déguiser, le mal irradie de sa personne.

Les scènes d’action sont donc secondaires, ce qui se joue, ce sont des drames intérieurs. Et si le film avait été plus courageux, le héros aurait dû, comme Hamlet, tout perdre pour enfin se retrouver. Mais il n’y laisse finalement qu’un artifice: un “cœur aimant”.

 

Simon Merle, auteur de Super-héros et Philo, (Bréal, 2012)

Barcelona, Sants

Barcelona, Sants